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Publié il y a 10 jours

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L’entrée dans le XXIème siècle a consacré un changement de paradigme de notre modèle économique : le passage d’une économie de masse à une économie dictée par la demande. Adieu production de biens standardisés, consommateurs passifs et captifs, choix restreints et délais d’attente. Depuis les années 2000, on assiste à une soif de consommation effrénée et immédiate, où l’on ne paye que ce que l’on consomme, où l’usage prévaut sur la propriété, avec des produits personnalisés, fabriqués à la demande et qui se déplacent jusqu’aux consommateurs. Une nouvelle ère où le consommateur devenu roi impose aux entreprises de se réorganiser pour devenir plus agiles afin de répondre aux désirs de plus en exigeants du client, impactant par là-même la relation de travail pour la rendre plus malléable. Une société de surabondance, caractérisée par le gaspillage des ressources, une hausse des inégalités au sein des pays entre ceux qui peuvent consommer sans modération et les autres, et une course vers le toujours plus. Ce nouveau modèle capitaliste a été rendu possible par l’alliance nouée entre consommateurs et actionnaires. Ces derniers ont basé la croissance de leur entreprise sur la mise sur le marché de biens et de services de moins en moins chers, à l’obsolescence programmée, répondant à la soif insatiable des consommateurs avides de toujours plus au moindre coût. Tout cela n’a été rendu possible qu’à travers une course effrénée à la réduction des coûts, dont les travailleurs ont été les premières victimes, à travers une baisse des salaires réels et une insécurisation croissante de la relation de travail. Une dérive vers un consumérisme néfaste, source d’une marchandisation du travail et d’une espérance de vie réduite des entreprises qui, face à des consommateurs volatiles et fugaces, deviennent elles-aussi des biens qui s’achètent et se revendent, qui disparaissent ici pour renaître là. Cette généralisation d’une économie à la demande affecte toute la société, pour engendrer communautarisme, tribalisme et engagement à court terme. Désormais bien identifiés, les maux liés au développement de ce nouveau modèle capitaliste commencent à susciter l’émergence de remèdes pour pallier la surproduction, la surconsommation, la surchauffe et le surendettement des ménages. La cure de désintoxication qui nous a été imposée par le coronavirus a accéléré la prise de conscience de changer durablement nos habitudes de consommation et la nécessité de modifier nos comportements d’acheteurs impulsifs. Elle a mis en lumière le fait que notre modèle productiviste, linéaire, fondé sur quatre logiques - extraire, produire, consommer, jeter – ne pouvait plus durer. Notre modèle de société doit être repensé pour redevenir plus inclusif et équitable, basée sur une économie sociale de marché où chacun trouve sa part et sa juste place. Une nouvelle évolution du capitalisme, qui succèdera à sa phase industrielle, à l’âge de l’information et dernièrement au règne de l’individu. Il s’agit de mettre en place un nouveau contrat social afin de l’adapter aux réalités du XXIème siècle : le tiercé gagnant passera par la modernisation de notre système de protection sociale (afin de garantir une juste redistribution), un regain de pouvoir de négociation des travailleurs à travers de nouveaux canaux (pour assurer des conditions de travail décentes) et la refonte de notre système éducatif (pour redonner toute son efficacité à l’ascenseur social).